Madagascar : quand la rue, l’armée et la jeunesse dessinent un nouveau chapitre

À Antananarivo, le 17 octobre 2025, le colonel Michael Randrianirina a prêté serment en tant que président de la République après que son unité d’élite, la CAPSAT, est intervenue lors d’un mouvement de contestation populaire de grande ampleur.

Le bouillonnement de la contestation

Tout a commencé fin septembre 2025 : de jeunes manifestants — souvent désignés sous le terme « Gen Z Madagascar » — se sont mobilisés dans les rues pour protester contre les pannes d’eau et d’électricité, la pauvreté chronique et l’absence de perspectives.
Les manifestations se sont intensifiées, avec à leur actif au moins 20 à 22 morts, selon les médias.
Quand l’armée a rejoint les manifestants, le tournant est survenu : le président en place, Andry Rajoelina, a quitté le pays, tandis que le Parlement procédait à son impeachment pour abandon de poste.

Le passage de relais

Le 14 octobre 2025, l’unité CAPSAT a annoncé la prise de contrôle, suspendant ou dissolvant plusieurs institutions.
Le 17 octobre, Michael Randrianirina a été officiellement investi : dans son discours, il a promis une transition vers un gouvernement civil dans un délai de « 18 à 24 mois », et un référendum constitutionnel.

Impact international et économique

La communauté internationale a réagi rapidement : l’African Union a suspendu Madagascar de ses activités.
L’agence de notation S&P Global Ratings a placé la note pays « B-/B » sous surveillance négative, anticipant un ralentissement de la croissance à ~3 % en 2025, et des risques accrus pour le budget et l’accès aux financements externes.

Contexte et défis structurels

Madagascar est l’un des pays les plus pauvres au monde, avec un PIB par habitant d’environ 545 USD, et une longue histoire d’instabilité politique.
L’intervention militaire s’inscrit dans une chaîne de coups d’État sur l’île depuis l’indépendance en 1960.

Pourquoi cela compte

Pour les acteurs économiques et internationaux, cette transition pose plusieurs enjeux :

Crédit et financement : le risque de suspension de l’aide et des décaissements est réel, avec des conséquences pour l’endettement et la stabilité budgétaire.

Investissements étrangers : l’incertitude politique renforce la prudence, notamment dans les secteurs des ressources (vanille, graphite), de l’agriculture et des infrastructures.

Géopolitique régionale : l’océan Indien reste un espace stratégique, et une instabilité prolongée à Madagascar pourrait affecter les échanges, les partenariats et la sécurité maritime.

Transition interne : le succès de la promesse d’un retour à un gouvernement civil et de réformes crédibles conditionnera la confiance des investisseurs et la stabilité sociale.

Chronologie clé

25 septembre 2025 : début des manifestations de jeunesse contre les coupures d’électricité et d’eau.

11 octobre 2025 : l’unité CAPSAT prend position aux côtés des manifestants.

14 octobre 2025 : départ de Rajoelina du pays, annonce par CAPSAT de la prise de pouvoir.

17 octobre 2025 : investiture de Randrianirina comme président et suspension de Madagascar par l’UA.