Le soleil glisse derrière l’horizon dans le ciel de Port-Louis, et sur l’île Maurice, une inquiétude monte : la lumière pourrait vaciller. La croissance économique, la montée de la climatisation, les Smart Cities et l’essor des usages numériques font grimper la demande en électricité. Et dans le même temps, le parc de production peine à suivre.
Une demande croissante, un parc vieillissant
Au début de 2025, la Central Electricity Board (CEB) a enregistré un pic historique de consommation : 545,7 MW le 22 janvier. Quelques semaines plus tard, une autre crête est atteinte à 567,9 MW.
Ce niveau dépasse largement la moyenne antérieure, et les techniciens estiment qu’à ce rythme, l’île devra trouver environ 100 MW supplémentaires d’ici janvier 2026 pour éviter des coupures ciblées.
Parallèlement, des régions commencent à subir des coupures de courant ou des interruptions temporaires, notamment en raison de surcharges du réseau et d’équipements anciens.
Un mix encore très fossile et des objectifs ambitieux
Maurice dépend fortement des importations de combustibles fossiles. En 2023, les énergies renouvelables représentaient seulement 17,6 % du mix électrique.
Le gouvernement avait initialement fixé un objectif de 60 % d’électricité renouvelable d’ici 2030, mais en août 2025, le ministre de l’Énergie a annoncé que la cible serait désormais décalée à 2035.
Pendant ce temps, une commande internationale avait été lancée pour une centrale flottante à combustible lourd (“powership”) d’environ 100 MW, à mettre en service en janvier 2026, pour répondre à l’urgence.
Ce recours à une installation fossile constitue un paradoxe : alors même que l’engagement « vert » est affiché, l’action immédiate se reporte sur une solution à court terme reposant sur le pétrole ou le fioul lourd.
Stratégies et leviers en cours
Pour enrayer le déséquilibre, plusieurs pistes sont activées :
- La mise en place de tarifs « Time-of-Use » (tarification selon heure de consommation) afin d’atténuer les pics du soir.
- Un plan de transition énergétique : le Mauritius Renewable Energy Agency (MARENA) et le ministère lancent des projets solaires, éoliens, biomasse, agrivoltaïques, et stockage.
- Un effort accru sur l’efficacité énergétique et la sobriété : réduction de la consommation inutile, campagne nationale d’alerte.
Enjeux économiques et sociaux
L’enjeu n’est pas seulement technique : derrière le courant qui alimente les maisons, les usines et les hôpitaux, se joue un défi économique. Importer du pétrole coûte cher : en 2024, les importations de combustibles liés à l’électricité représentaient plus de Rs 12,5 milliards.
Un mix énergétique peu diversifié rend Maurice vulnérable aux fluctuations internationales des prix de l’énergie. Ce qui peut avoir un impact sur le coût de l’électricité, la compétitivité des entreprises et la facture des ménages.
Sur le plan social, les coupures éventuelles ou la menace de celles-ci peuvent fragiliser les populations les plus vulnérables, perturber les activités économiques et entacher la confiance des investisseurs.
Enfin, le retard dans le développement des renouvelables — alors que la cible a été repoussée — traduit un décalage entre ambition et réalisation concrète.
Un moment charnière
Maurice se trouve à un carrefour : soit elle parvient à accélérer la transformation de son système énergétique — en diversifiant ses sources, modernisant son réseau, maîtrisant la demande — soit elle devra continuer à recourir à des solutions temporaires coûteuses, et à gérer un risque accru de fragilité énergétique.
La centrale flottante prévue pour 2026 est une solution de court terme qui offre un répit, mais elle ne règle pas la question de fond. Les succès ou échecs des projets solaires/éoliens en cours serviront de révélateur pour le chemin restant.
Dans tous les cas, l’énergie sera un indicateur clé de la capacité de Maurice à concilier croissance, résilience et transition durable dans les années à venir.